Les dépêches
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Jeudi, 12 Février 2009 01:00
Un article du journal Le Figaro , daté du 12 / 02 / 09 :

Les points faibles de l´accusation contre Colonna


Les preuves manquent pour impliquer Yvan Colonna dans l´assaut mené contre une gendarmerie où fut volée l´arme du crime.

Si le préfet Érignac a été assassiné le 6 février 1998 à Ajaccio, l´arme du crime fut dérobée bien avant, dans la nuit du 5 au 6 septembre 1997. L´attaque de la gendarmerie de Pietrosella revêt donc, dans le dossier, une importance capitale puisque, aux yeux de l´accusation, ce sont les mêmes individus qui sont impliqués.

Pourtant, de procès en procès, les assises ont du mal à s´y intéresser. Lors de la première comparution d´Yvan Colonna, fin 2007, l´avocat général Jannier avait même semblé requérir sans grand enthousiasme, ce qui ne l´avait pas empêché de demander in fine la peine maximale. Le magistrat avait avoué qu´il n´avait pas grand-chose à proposer ­comme preuve, à part les accusations des autres mis en cause, et lancé un élégant «si ça ne vous suffit pas, je n´y peux rien, je ne vais pas inventer des éléments», qui restera dans les annales de la lutte antiterroriste.

Voici Yvan Colonna en appel. L´éleveur de chèvres de Cargèse a toujours nié avoir participé à l´assaut de la brigade soufflée à la dynamite, pendant que deux militaires, terrorisés, étaient conduits dans le maquis et délestés de leurs pistolets de dotation l´un servira à perpétrer l´odieux attentat d´Ajaccio. Seul un membre du commando a accepté de participer à la reconstitution : Joseph Versini, condamné, en 2003, à 15 ans de réclusion criminelle.

La cour visionne les photos de cette opération judiciaire. Me Maisonneuve, nouvelle recrue de la défense, note que «sur les clichés 3 et 6, on compte cinq personnes à l´approche de la gendarmerie, alors qu´il n´y en a plus que 4 sur les clichés 31 et 32», illustrant le départ du commando. «Yvan Colonna a disparu en cours de route», ironise-t-il, provoquant une vive agitation sur les bancs de la partie civile et du ministère public.

Audience sans passion

Cette question du nombre d´assaillants n´est pas neutre. Si ce sont exactement les mêmes hommes qui ont mis en œuvre le meurtre de M. Érignac ils étaient sept ce soir-là à Ajaccio , il faut les retrouver à Pietrosella. C´est le cas, à l´exception de Didier Maranelli, souffrant. Mais, le chauffeur du groupe étant resté derrière son volant, cinq hommes pouvaient-ils, en quelques minutes, maîtriser deux gendarmes et plastiquer leurs locaux ? Impossible, plaide la défense, certaine de tenir là une faille mathématique fatale à tout l´échafaudage accusatoire.

Mais l´audience se déroule sans passion. En 2003, au procès du commando alors que M. Colonna était en fuite, un détail avait focalisé l´attention : les sacs de jute utilisés pour aveugler les gendarmes kidnappés empestaient la salaison. Fort utile pour confondre M. Versini, charcutier de son état. À présent qu´il est définitivement condamné, on se contente d´évoquer des «sacs de pomme de terre» sans odeur particulière. Nul fumet de fromage de chèvre, en tout cas, pour accabler Yvan Colonna.

Stéphane Durand-Souffland

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Mercredi, 11 Février 2009 01:00
Un article du journal France Soir , daté du 11 / 02 / 09 :

“Monsieur Sarkozy est sur le banc des parties civiles !”


Yvan Colonna s´en est violemment pris, hier, au président de la République qui le présente, « depuis des années, comme l´assassin du préfet Erignac ». Il estime que « M. Sarkozy s´est immiscé dans cette cour auprès des victimes ».

Le pigeon qui s´était invité, lundi, au procès d´Yvan Colonna, a quitté le pignon auquel il s´accrochait désespérément. Il n´est plus là, juché quelques mètres au-dessus des neuf magistrats, pour entendre les éclats de voix. D´un côté, le timbre grave, à l´accent chantant, du berger corse ; de l´autre, le ton cassant, courroucé, du président outragé.

En cause, la diatribe de l´accusé contre le chef de l´Etat. Il est 14 h 30 lorsque, en ce deuxième jour d´audience qui avait calmement débuté, Yvan Colonna sort de ses gonds. Il fustige ce qu´il appelle « la vérité absolue », qui a fait dire à Nicolas Sarkozy, le 4 juillet 2003, au soir de son interpellation, « on a arrêté l´assassin du préfet Claude Erignac ». Le micro amplifie la colère : « La partie civile ne veut pas croire que je suis innocent. Monsieur Sarkozy s´est engagé auprès d´elle à ce que je sois condamné, il s´est immiscé dans cette cour auprès des victimes. Il a dit que j´étais coupable, qu´il en a la certitude ! »

Didier Wacogne, président placide, balaie l´insinuation : « Ce n´est pas M. Sarkozy qui vous juge, mais cette cour… » Las ! rien ne peut plus arrêter Yvan Colonna. Il évoque les récents limogeages de préfets, en Corse, dans la Manche, « et vous pensez que son discours n´a pas d´influence sur un procès politique ? Comment voulez-vous que je puisse avoir confiance dans une justice où le président de la République est aux côtés des victimes ? Dans cette enceinte, M. Sarkozy est au banc des parties civiles ! Il fait ce qu´il veut ! Est-ce qu´on peut avoir un débat serein, en dehors de toutes pressions ? »
« On va briser là ! »

Le président Wacogne a le rouge qui monte aux joues. Il se racle la gorge : « La cour ne connaît pas de pressions politiques, et je ne veux pas y revenir ! » Yvan Colonna, provocateur : « Si je n´ai plus le droit de m´exprimer, expulsez-moi… »

Didier Wacogne, dont la voix grimpe dangereusement dans les aigus : « Ce que vous dites est désobligeant, et on va briser là ! » L´accusé : « Le président de la République a bien dit que j´étais coupable, oui ou non ? » Le magistrat, piégé : « Oui, il l´a dit. Mais la cour d´assises n´est pas le président de la République ! »

Malin, Yvan Colonna hoche la tête, lâche un « bien… », comme un procédurier donnerait acte de ce qui vient d´être publiquement déclaré. L´audience reprend un cours normal, si l´on peut dire : les témoins qui devaient être entendus hier – la famille Colonna – ne se sont pas présentés. L´huissier a beau souvent vérifier, père, mère, sœur et frère du berger ont disparu du palais. « Je leur ai interdit de venir, car cela ne sert à rien, explique l´accusé. J´ai bien vu comme ça s´est passé en 2007 (NDLR : lors de son premier procès) : ce qu´on dit de bien sur moi, il n´en est pas tenu compte. » La cour ne peut que s´incliner. Yvan Colonna vient de gagner son premier bras de fer.

La vie d´avant l´assassinat du préfet Erignac…

Un immense gâchis. C´est le sentiment qui domine au fur et à mesure qu´Yvan Colonna déroule son existence, de sa naissance, en 1960, à l´arrestation, en 1999, du commando assassin qui le mettra en cause et provoquera sa cavale dans les montagnes corses. L´accusé, qui n´a pas souhaité que des proches témoignent en sa faveur, raconte son enfance heureuse, ses capacités à l´école, son adolescence tourmentée par un déménagement à Nice, où son père devient député socialiste des Alpes-Maritimes. Le président s´étonne qu´il ne soit pas resté en Corse. « A 16 ans, je n´avais pas le choix. Le patron (son père) avait décidé, je n´allais pas refuser. »

M. Wacogne insiste. L´accusé, rieur : « Vous vouliez que je rentre en rébellion contre mes parents ? Non, j´étais un très gentil garçon… » Il finira par abandonner Nice et ses études d´éducation physique pour réintégrer le berceau familial, à Cargèse. La belle vie défile, deux ans à couper le bois avec son frère, la stabilité avec Pierrette, la naissance de son fils, qui marquera, dit-il, l´abandon du militantisme corse. Yvan Colonna ose plusieurs traits d´humour, la salle rit, pas le président. En déplaçant son procès sur le terrain politique, l´accusé l´a visiblement agacé, voire blessé. « J´ai l´impression que je vous énerve, fait-il d´ailleurs remarquer. – Non, si vous riez, c´est que nous ne sommes pas dans le conflit », répond M. Wacogne, sans convaincre.

Isabelle Horlans.
 
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Mardi, 10 Février 2009 01:00
Nous reproduisons ici des articles de la presse qui nous ont paru bien rendre compte de l´audience.
Choix délicat car très subjectif. Mais c´est le notre.


Un article du journal Le Figaro , daté du 10 / 02 / 09 :

Yvan Colonna fait de la politique au tribunal


Le berger de Cargèse affirme être condamné avant d´être jugé et s´en prend à Nicolas Sarkozy.

Le patron de la défense, c´est Yvan Colonna. Cinq avocats sont assis devant lui, mais le client commande. Il a retroussé ses manches, dévoilant des avant-bras endurcis par la vie au grand air et entretenus dans la salle de musculation de Fresnes. Puis, il a parlé.

«Je voudrais vous dire que personne de ma famille ne viendra témoigner: je le leur ai interdit. C´est un jeu hypocrite, on les fait venir alors qu´on ne les écoute même pas. Que je sois un bon ou un méchant garçon, un bon ou un mauvais époux, ça n´a aucune importance. La seule question, c´est celle-ci: suis-je innocent ou pas?»

L´accusé, pugnace au point de frôler l´outrecuidance, entend placer les débats d´appel sur un terrain politique: «Depuis mai 1999, il y a une vérité absolue: je suis l´assassin du préfet Érignac, argumente-t-il. Avec un pic en 2003, quand M. Sarkozy a dit: “On a arrêté l´assassin”. La présomption d´innocence, c´est bon pour ses amis, mais pas pour moi. M. Sarkozy a reçu les parties civiles à de nombreuses reprises, il s´est engagé à ce que je sois condamné. Comment voulez-vous que j´aie confiance dans la justice?»

Le président Wacogne, très ferme: «Ce n´est pas lui qui vous juge.»

Yvan Colonna, excédé: «Il dégage un préfet dans la Manche, en licencie un autre en Corse, limoge un juge en Alsace, et ça n´aurait pas d´influence sur un procès d´État comme celui-là? Que le président de la République soutienne la famille Érignac, rien à dire; mais qu´il dise que je suis coupable, c´est un mélange des genres. Je demande qu´on examine les faits en dehors des pressions politiques.»

M. Wacogne, plus sec: «La cour ne les connaît pas et ne souhaite pas qu´on revienne sur ce sujet.»

L´accusé, prenant la mouche: «Si je ne peux pas m´exprimer, expulsez-moi.»

Habilement, le président ramène Yvan Colonna au sujet du jour: lui-même. Bien qu´il ait dit tout à l´heure qu´il était le mieux placé pour l´évoquer, l´accusé rechigne à se dévoiler. Contrairement au procès de 2007, il s´étend peu sur son attachement viscéral à la Corse. De ses parents, ex-professeurs d´éducation physique, de son père, ancien député socialiste des Alpes-Maritimes, il parle peu.

En ce qui concerne son engagement nationaliste, Yvan Colonna le cantonne strictement dans le temps de 1982 à 1989 , et dans l´expression purement politique, niveau militant de base, non violent. En clair: neuf ans avant l´assassinat de M. Érignac, parce qu´il venait d´avoir un enfant, «Ghjuvan-Batista» (Jean-Baptiste), et d´ouvrir une bergerie, Yvan Colonna avait raccroché la cagoule qu´il n´aurait d´ailleurs jamais coiffée mais dont l´accusation s´ingénie, selon lui, à l´affubler. Me Simeoni a beau jeu de faire confirmer à son client qu´en dépit de deux gardes à vue dues à des «dénonciations anonymes», il n´a jamais été condamné ni même entendu comme témoin dans une quelconque procédure terroriste.

Yvan Colonna entend imprimer une atmosphère âpre aux débats qui viennent de s´ouvrir. Afin d´instaurer un rapport de force, comme au rugby on fait donner le pack concasseur plutôt que les gracieux ailiers, il sacrifie les témoignages aimants de sa famille. Chacun attend désormais de savoir quelle stratégie il adoptera face aux membres du commando définitivement condamnés, attendus à la barre à la fin du mois, et qui lui avaient été si défavorables en première instance.

Stéphane Durand-Souffland

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Lundi, 09 Février 2009 01:00
Nous reproduisons ici des articles de la presse qui nous ont paru bien rendre compte de l´audience.
Choix délicat car très subjectif. Mais c´est le notre.


Un article du journal Le Monde , daté du 09 / 02 / 09 :

Les avocats d´Yvan Colonna redoutent un procès "à charge"

Veste de survêtement rouge et blanche, polo noir, cheveux tondus à ras : Yvan Colonna est entré dans le box, lundi 9 février, vers 10 h 30. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 13 décembre 2007 en première instance pour l´assassinat du préfet Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio, le berger de Cargèse est jugé en appel à Paris.
La mine souriante, il a distribué des clins d´œil aux membres de sa famille – sa sœur Cristina, son frère Stéphane, son père Jean-Hugues – assis au premier rang. Non loin d´eux, Mgr Jacques Gaillot, l´ancien rugbyman Daniel Herrero et son bandeau rouge autour du front avaient également pris place au milieu du public.

Pour cette première journée d´un procès programmé sur cinq semaines, Yvan Colonna, né le 7 avril 1960 à Ajaccio, "éleveur de caprins" demeurant à Cargèse, comme il s´est présenté à la cour d´assises spécialement composée de neuf magistrats professionnels, s´est contenté de décliner son identité au président Didier Wacogne.

DEMANDE DE RECONSTITUTION

Yvan Colonna a toujours réfuté les accusations qui pèsent contre lui. Depuis sa cavale commencée le 23 mai 1999, après que les membres du "commando Erignac" l´eurent dénoncé à la police, et devant la justice après son arrestation à Monti-Barbatu (Corse-du-Sud) par les hommes du RAID le 4 juillet 2003, Yvan Colonna n´a jamais varié dans ses déclarations.

Ses cinq avocats redoutent un procès "à charge". Comme cela s´était produit lors du premier procès il y a quinze mois, la cour pourrait bien effectuer un déplacement à Ajaccio. Lundi, en marge de l´audience, la défense d´Yvan Colonna a d´ores et déjà annoncé qu´elle déposera "dans les jours à venir" une demande de reconstitution sur les lieux.

Jusqu´au 13 mars, date prévue pour l´annonce du verdict, la cour d´assises d´appel entendra une centaine de témoins et réexaminera les 125 tomes du dossier d´instruction. Des policiers, des juges, des experts, les épouses et les membres du "commando Erignac" condamnés en juillet 2003 en l´absence d´Yvan Colonna sont attendus à la barre. Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, reconnus coupable du meurtre, et Didier Maranelli, coupable de complicité, vont une fois de plus devoir expliquer pourquoi avant de se rétracter, ils ont accusé leur ami d´avoir tué le préfet Claude Erignac.

Yves Bordenave
 
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