Les dépêches
Echos de la Presse. Agora Vox. PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 31 Mars 2009 01:00
Un article sur le site Agora Vox,par Daniel Arnaud, le 28/03/09 à 11h06

Procès Colonna .


Je récuse cette cour.

Yvan Colonna vient d´être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d´assises spéciale de Paris pour l´assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio. Ce verdict a été rendu au nom du peuple français. En République, effectivement, la Nation est souveraine et les détenteurs d´une autorité, quelle qu´elle soit, n´en sont que les mandataires.

Cependant, le bon fonctionnement des institutions suppose le respect par ces derniers du contrat social, en d´autres termes du droit qu´ils sont censés garantir et appliquer ; sinon, l´appareil d´Etat rompt la confiance qui le lie aux citoyens et perd sa légitimité. Le peuple souverain n´est plus tenu alors de le reconnaître. Or, dans l´affaire Colonna, il semble qu´un tel lien n´ait pas été assuré. Dès sa mise en cause par les membres du commando, en 1999, le berger de Cargèse, qui nie toute implication, se voit jeter en pâture à la meute au mépris de la présomption d´innocence. Plusieurs hauts responsables des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, dont la séparation s´avère illusoire, en font l´assassin idéal ; celui qu´il s´agit de condamner d´abord et d´appeler à comparaître ensuite, juste pour la forme. Leurs déclarations, abondamment relayées par les médias une décennie durant, érigent la culpabilité en dogme, valent lettre de cachet et signifient la résurgence d´une sorte d´obscurantisme. L´article 9 de la Déclaration des droits de l´homme et du citoyen de 1789, l´article 11 de la Déclaration universelle des droits de l´homme de 1948, l´article 6 de la Convention européenne des droits de l´homme, ainsi que l´article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques sont violés d´une manière particulièrement grave par deux ministres de l´Intérieur.

C´est avec raison que la défense pointera les errements de l´enquête initiale, dénoncera certaines pratiques de la Division nationale anti-terroriste (DNAT), et stigmatisera une instruction menée exclusivement à charge. D´un procès-verbal antidaté aux pièces qu´on ne juge pas utile de lui communiquer, elle mettra en outre en lumière une volonté évidente de truquer un jeu qui n´en est pas un.

Le jugement en première instance, en 2007, parvient à donner une impression d´équité qui, en réalité, n´existe pas sur le fond. Il consacre « une situation dans laquelle l´accusé devait faire la preuve de son innocence alors qu´il n´a pas été exigé de l´accusation qu´elle établisse sa culpabilité » et se signale par « une forme de répugnance à prendre en compte les éléments à décharge », relève dans son rapport la Fédération internationale des droits de l´homme (FIDH).

Dans l´affaire Colonna, et le déroulement du procès en appel est venu le confirmer, lorsqu´un témoin oculaire direct ne reconnaît pas l´accusé, c´est qu´il se trompe ; lorsqu´un expert déclare qu´il n´a pas la taille du tireur, c´est qu´il n´est pas fiable ; lorsqu´un ancien collaborateur du préfet Erignac introduit le doute, c´est qu´« il veut se donner de l´importance ». Tout ce qui est susceptible de contredire le dogme accusatoire se trouve rejeté comme hérétique, jusqu´à la demande d´une reconstitution qui pourrait pourtant contribuer à la manifestation de la vérité. Ce n´est pas le droit qui est à l´œuvre à la cour d´assises spéciale de Paris, mais une Inquisition usurpant les compétences d´une Justice sereine et impartiale. D´où la rupture définitive du 11 mars 2009, qui voit l´accusé et ses défenseurs refuser la servitude volontaire : ils ne cautionneront pas un processus relevant à la fois du retour au Moyen Age et de la nostalgie de l´Ancien Régime. Lors de son réquisitoire, l´avocat général sera d´ailleurs pris en flagrant délit de présomption de culpabilité lorsqu´il osera cette formule extraordinaire : « si Yvan Colonna voulait prouver son innocence, c´est ici qu´il fallait le faire ». S´il entendait requérir contre l´accusé, c´est à cet égard l´accusation qu´il a fini par confondre, puisque dans une démocratie la charge de la preuve lui incomberait.

Condamner le berger de Cargèse, « qu´il soit coupable ou innocent », pour reprendre la formule de Maurras à l´encontre de Dreyfus, permet à l´appareil d´Etat de solder l´affront du 6 février 1998 et d´affirmer qu´on ne défie pas impunément le pouvoir. Il s´agit essentiellement d´un rite expiatoire. Un acquittement n´aurait du reste pas été autre chose qu´un camouflet adressé à l´ensemble des enquêteurs et des hauts responsables qui n´ont eu de cesse de postuler la culpabilité. Tous avaient donc un intérêt direct à entendre prononcée la sentence.

Nous sommes à nouveau, après l´arrêt du 27 mars 2009, confrontés à un choix entre deux systèmes de gouvernement.

L´un n´hésite pas à sacrifier les libertés individuelles chèrement acquises sur l´autel de la raison d´Etat ; c´est celui des Morcerf, des Danglars et des Villefort qui, motivés par de sombres intérêts particuliers, détournent les institutions et envoient Dantès pourrir au château d´If. L´autre met les institutions au service des hommes au lieu de s´en servir pour les broyer ; c´est la République qui, fidèle à l´humanisme et aux Lumières, s´obstine à dérouler un fil qui court depuis Voltaire jusqu´à aujourd´hui, en passant par Zola.

Le citoyen que je suis choisit pour sa part le second et ne reconnaît par conséquent aucune légitimité à la cour d´assises spéciale de Paris pour rendre un verdict en son nom.

Aussi la récuse-t-il à son tour.
 
Echos de la Presse. Extraits du Blog de Jean Michel Aphatie. PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 31 Mars 2009 01:00
Extraits du Blog de Jean Michel Aphatie, le 31/03/09 à 09h59

Procès Colonna .


Le procès Colonna, encore aujourd´hui, sans doute pas demain.

Le procès Colonna, encore aujourd´hui, sans doute pas demain. J´ai bien noté que pour certains lecteurs de ce blog la remise en cause de l´infaillibilité des juges de la République française est à peu près aussi insupportable que celle du Pape pour les catholiques. Donc, pardon pour le blasphème.

Un recours en cassation a été introduit hier par les défenseurs d´Yvan Colonna. Parmi les raisons invoquées, l´une d´entre elles est simplissime. Le président de la Cour d´assises spéciale a reçu le 4 février un certificat médical assurant qu´un témoin réputé capital pour la défense ne viendrait pas, un médecin l´ayant jugé incapable de se déplacer. Le procès s´est ouvert le 9 février et le président a gardé pour lui cette information jusqu´au 23 février. Une faute, apparemment, puisqu´au regard du droit, du simple droit, auquel nous sommes tous attachés, cette rétention d´information semble avoir pénalisé l´organisation de la défense.

Deux hypothèses. Soit la Cour de cassation, dans environ un an, juge qu´après tout non, le déroulement du procès n´a pas été faussé par cette rétention d´information. Alors, rien à signaler. Soit la Cour de cassation casse, cela lui arrive et alors un nouveau procès Colonna sera organisé. S´il y a cassation, ce qui est possible, comment faudra-t-il qualifier la présidence Wacogne? La faute de procédure pourrait-elle être qualifée de faute professionnelle? Sans doute pas. De toutes les professions en France qui vivent dans une certaine impunité, pour ne pas dire irresponsabilité, celle des magistrats pousse cette caractéristique au rang de chef d´oeuvre.

Malgré tout, le Palais de justice paraît un peu secoué par le déroulement de ce procès. Comme tout y semble particulièrement opaque, et que la presse ne paraît pas décidé à secouer le linge sale, on doit se contenter que quelques soubresauts qui ressemblent à des indices. Imaginez-vous qu´hier, en fin d´après-midi, la rumeur s´est répandue d´une sanction prise par sa hiérarchie contre Didier Wacogne. Sanction pour quoi? Prise par qui? C´était juste une rumeur dans les couloirs du Palais de justice, un temps d´ailleurs relayée sur un média, avant que des démentis catégoriques ne proviennent de la Chancellerie, pas du Garde des sceaux car le poste est vacant jusqu´au 7 juin, et du Palais de justice lui même. Donc, fausse alerte. Mais pourquoi la rumeur? Lancée par qui? Qui dit quoi? Malaise à la justice après un procès mené de travers? Peut-être. Peut-être pas. Ne cherchez pas dans les journaux du matin et du soir. L´affaire n´intéresse personne. En tout cas, pas les journalistes.
 
Echos de la Presse. Jean Michel Aphatie. PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 30 Mars 2009 01:00
Blog de Jean Michel Aphatie, le 30/03/09 à 10h00

Procès Colonna .


Le silence et la démission des journalistes.

Ce matin, Alain Duhamel a consacré son éditorial au procès d´Yvan Colonna, achevé vendredi sur la plus lourde condamnation envisageable, la prison à perpétuité, assortie d´une peine de sûreté de 22 ans. Hormis les propos d´Alain, rien dans la presse écrite d´aujourd´hui, rien hier non plus et finalement, au regard de ce qui s´est joué devant la cour d´assises spéciale durant presque deux mois, il n´y avait pas grand chose non plus dans les journaux samedi.

Le procès tel qu´il s´est déroulé, tel qu´il a été mené, dans ses faiblesses et ses manques, dans son apport aussi, indéniable, à une partie de la vérité, paraît avoir établi plusieurs évidences. La première concerne Yvan Colonna. Hors de toute polémique, sa connaissance des initiateurs du meurtre du préfet Erignac, certains témoignages attestant de sa présence à Ajaccio juste avant et juste après le meurtre, signent une forme de culpabilité le concernant. Mais une forme seulement. Car ni les enquêteurs de la police, ni les juges de l´instruction, n´ont pu établir formellement qu´Yvan Colonna est l´assassin du préfet Erignac. Or, c´est pour cela qu´il a été condamné. Et c´est pour cela, uniquement pour cela, que ce jugement mériterait davantage d´indignation qu´il n´en a provoqué.

Comment la justice française peut-elle affirmer, au nom du peuple français, quelque chose qu´elle a été incapable d´établir? Comment l´avocat général, dans son réquisitoire, a-t-il pu affirmer de l´accusé qu´il était « le tireur, l´exécuteur et le bourreau »? Il est comme nous: à minima, il n´en sait rien. Peut-être en a-t-il l´intime conviction, peut-être est-il excédé par les dérobades d´Yvan Colonna, peut-être est-il traumatisé par le meurtre. Pour autant, tous ces sentiments ne justifient pas qu´un magistrat appuie sur eux sa démonstration et réclame une peine hors de proportion avec ce que le procès a pu établir. Et l´étonnement grandit encore quand les magistrats professionnels qui composent la cour d´assises spéciale suivent le réquisitoire et condamnent l´accusé à la peine maximale, le désignant eux aussi, sans l´ombre d´un doute, dans une certitude incompréhensible, comme « le tireur, l´exécuteur et le bourreau ».

Samedi, Libération a titré ainsi son papier, publié page 6: « Yvan Colonna: le procès tangue, pas le verdict. » Cette mise en contradiction du procès et du verdict synthétise formidablement le problème. Ce titre dit bien que le verdict est indépendant du procès. Ce qui, dans une démocratie, n´est pas acceptable.

Curieusement, ce constat, partagé, est demeuré sans suites. Nulle part dans la presse, un éditorial n´a posé la question, soulevé le problème. Certains papiers, mais de manière très inégale, ont souligné la partialité du président, donc l´orientation du cours de la justice. Mais pas un commentaire sur ce sujet, dans la presse, donc encore moins d´indignation. Le procès a été suivi de manière factuelle, et faut-il le préciser, de manière très inégale, mais pas une plume ne s´est consacrée à l´observation des principes.

Que déduire de ce silence? Plusieurs hypothèses. A l´heure de la mondialisation et de la crise qu´elle provoque, nos sociétés paraissent parfois n´avoir pas d´autre préoccupations que mercantiles. Bien sûr, nous savons tous que l´aventure humaine vaut plus par l´esprit que par l´argent. Régulièrement, pourtant, nous l´oublions.

Autre hypothèse. Dans ce vieux pays républicain, sentiment qui honore ce grand peuple, le besoin de punition face à l´agression de l´Etat est infiniment plus fort que l´envie de justice. Disons-le autrement: dans une telle circonstance, mieux vaut risquer l´injustice plutôt que fabriquer un désordre. Dans sa perception tactile de l´opinion publique, la presse, le monde du journalisme dans son ensemble, paraissent avoir remarquablement intégré cette hiérarchie.

Enfin, dernier élément explicatif, trente ans de désordres et de violences en Corse ont lassé depuis longtemps le continent. L´incompréhensible histoire du nationalisme sur l´île, ses querelles mortelles, ses instrumentalisations incessantes, ont détourné toute une catégorie de la population française de l´observation des principes. Que l´autorité et la force règle le problème, voilà ce que semble signifier le silence collectif face à l´impression de dérapage judiciaire qu´a dégagé le procès.

S on peut l´expliquer, l´inattention aux principes n´en est pas moins glaçante. La démocratie est un bien fragile, un équilibre précaire. Un manquement, à tout moment, laisse une trace dans la culture collective et peut donner, un jour, un fruit indésirable. C´est pour cela que le combat doit être permanent. Rien ne doit être négligé. Et même si les mots peuvent parfois paraître vains, ils n´en demeurent pas moins comme des marques dans les consciences et des garde fous pour les pouvoirs.

Que la presse et les journalistes aient désinvestis à ce point cette fonction minimale de vigilance démocratique désole et attriste.
 
Echos de la Presse. Agora Vox. PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 29 Mars 2009 01:00
Au procès Colonna... il y avait une Femme.
 
Echos de la Presse. RTL. PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 29 Mars 2009 01:00
Cristina Colonna.
 
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